En 2002,
nous terminions 2ème la Solitaire du Figaro
à bord de « 3201 Météo
Consult Groupe Prosodie », avec un classement
au temps très serré, un vrai suspens
et une immense joie…
Et 2003 a vu la naissance du Figaro
« 3201 Météo Consult Groupe Prosodie
» version 2, plus grand, plus adapté
à la course en solitaire, et surtout plus performant,
sa mise au point a été une course contre
la montre suite aux retards de livraison...
La semaine précédant
le départ des Sables d’Olonne, les 42
skippers (et préparateurs) s’activaient
sur leur nouvelle machine de course afin de régler
les derniers détails d’un bateau «
nouveau-né ».
Sur les pontons, dans le village,
et en ville on pouvait ainsi croiser Michel Desjoyaux
(Vainqueur de 2 Figaros, du Vendée Globe, de
la Route du Rhum), d’Alain Gautier, Marc Thiercelin
et tous les acteurs de la Classe Figaro…Morvan,
Drouglazet, Bidegorry…et Chiorri.
Le déroulé de
la course : |
Etape 1 : Les
Sables d’Olonne - Bilbao
Le départ donné le mercredi 30 juillet,
a commencé par une navigation côtière
vers l’île d’Oléron, suivi
par une (très) longue remontée (en absence
de vent) vers Lorient, et par la suite une partie
dite large lors de la traversée du Golfe de
Gascogne en direction du port espagnol de Bilbao.
Le départ de 3201 Météo Consult
– Groupe Prosodie, accompagné par de
nombreux supporters de Prosodie & Météo
Consult, ainsi qu’un orchestre (comprenant saxo,
clarinette, tuba, trompette, batterie), se déroula
sous spi, en route vers Oléron.
Dés le début de la nuit le jeu devint
très tactique en tirant des bords le long de
la côte vendéenne. Le groupe de tête,
composé alors de 15 bateaux, restèrent
au large une fois passées l’Ile d’Yeu.
Le restant de la flotte opta pour la « route
des plages », et bénéficia dans
la matinée d’une légère
brise qui se renforça toute la journée.
A l’inverse le groupe du large ne touchera que
des vents instables en force et direction.
A la bouée de Lorient, le leader (Marc Thiercelin)
dispose d’une avance de 28 milles sur notre
bateau classé à ce moment en 20 ème
position, un océan d’avance à
l’échelle du Figaro…mais il reste
encore 270 milles à parcourir.
Et en effet les calmes s’installèrent
au petit matin du 3 ème jour, et les 42 concurrents
s’engluèrent dans des vents très
mous…et la fatigue commença à
se faire sentir lourdement. Sur la bordure ouest de
la flotte, j’arrive à prendre un vent
légèrement plus soutenu et gagne régulièrement
au fil des heures sur les autres bateaux.
En fin d’après midi, nous hissons le
spi de nouveau et faisons route directe vers Bilbao.
Je pointe alors en 8ème position, toute la
nuit les réglages s’enchaînent
avec une fatigue de plus en plus pressante, il faut
réellement « s’arracher »
pour ne pas sombrer dans les bras de Morphée.
Le dernier jour de course est une pure course de vitesse,
où je tire mon épingle du jeu, et au
dernier pointage de la journée, à 20
milles de l’arrivée, je suis classé
5ème…tous les espoirs sont permis. La
dernière nuit tombe… et le vent aussi
! Dans la nouvelle (et dernière) distribution
du jeu, je touche le vent tardivement et je ne franchis
la ligne d’arrivée qu’en 19 ème
position à 1h20’ du 1er (Yann Eliès)
!
La déception est grande mais la route reste
longue…
Etape 2 : Bilbao – La Rochelle
Cette fois le parcours est inversé, d’abord
une partie « large » avec le Golfe de
Gascogne à négocier au près serré
avec des vents de force 3 à 4 de Nord-Ouest,
direction Belle Ile, puis une descente côtière
le long de la Vendée dans des vents prévus
plus instables.
Départ timide de ma part dans des vents très
faibles, qui finissent petit à petit par s’établir
au Nord-ouest. Toute la première nuit, dans
un vent très oscillant, nous veillons au bon
réglage, à la route et essayons de nous
reposer par tranche de 20 minutes…
Le réveil est un klaxon de voiture : très
efficace !
Même conditions le lendemain, le piège
est de relâcher le niveau de performance, et
il faut rester très concentré. A la
tombée de la 2ème nuit, nous atterrissons
face aux Sables, et la bascule de la brise nocturne
arrive au parfait timing.
Il est alors temps de virer de bord et nous progressons
sous spi, de nuit, vers Belle Ile. Instants magiques…entouré
de dauphins et clair de lune !
Au petit matin toute la flotte se regroupe à
l’approche de Belle Ile dans une vraie «
pétole » (calmes). La brise thermique
finit par s’établir et nous hissons les
spis. A cette allure je dispose d’un petit plus
et je progresse au sein du groupe de tête. La
dernière nuit est longue car les périodes
de repos sont restées rares…je double
des concurrents endormis ou sur une mauvaise route,
je m’endors aussi quelques instants sous pilote,
écoute à la main ! Au petit matin je
suis par le travers des leaders…et le vent retombe
! Inexorablement, le courant plus favorable au large
profite aux coureurs du large et sur la ligne d’arrivée
je me situe en 14ème position à 30’
du premier (Armel Le Cleach’).
Moins décevante, cette étape me laisse
encore sur ma faim !
Et toujours très peu de vent…
Etape 3 : La Rochelle – Dingle
Je surnomme les 2 dernières étapes à
venir les « étapes de montagne »
au vu des distances à parcourir et des difficultés
maritimes et météorologiques que nous
affrontons habituellement sur ces étapes en
Manche et en Mer d’Irlande.
De nouveau les côtes vendéennes en guise
d’ouverture, peu ou pas de vent vont composer
la première nuit. Un groupe se détache
à la faveur d’une option un peu au large.
Nous jouons plus à terre dans les cailloux
et les courants au niveau du phare des Baleines au
large des Sables d’Olonne.
Notre traceur nous permet de jouer au milieu des écueils
grâce à un positionnement GPS d’une
précision de 3 mètres.
Nous restons sans vent une heure environ, au gré
des courants, avant de toucher une très légère
brise, le jeu de patience recommence.
Au lever du jour nous entamons un louvoyage (remontée
contre le vent) le long de la Bretagne sud, brume,
courants et cailloux vont animer cette fin de journée…ambiance
studieuse où le pilotage se fait en permanence
avec un œil sur le traceur…visibilité
parfois réduite à 20 m !
Nous abordons en fin de 2ème nuit la Mer d’Iroise,
et ses algues qui se prennent dans les safrans (nous
en avons 2). L’exercice consiste alors très
régulièrement (tous les ¼ heures)
à plonger le bras, voire la tête munie
d’un masque afin d’enlever ces algues
qui représentent un frein important (de l’ordre
de 1 à 3 %).
Nous faisons route au Nord, cap vers l’Irlande,
à la mi-journée un grain violent (force
7) bouscule la flotte, certains (dont moi) hissent
le spi de brise et nous entamons (enfin !) Quelques
surfs à 18 noeuds (ce seront les seuls de tout
le Figaro). Le grain passe, le vent tombe et nous
reprenons nos réglages millimétriques
de petit temps !
Jusqu’au fameux phare du Fastnet au sud-ouest
des côtes irlandaises le vent reste néanmoins
stable et progressons régulièrement
pendant les 24 heures suivantes.
Mais la Guinness va se faire attendre car le vent
tombe, et le courant de marée s’inverse
au même moment, nous entamons alors sur les
derniers 70 milles une course d’escargot le
long de la côte escarpée et magnifique
le long de Mizzen Head, The Bluff, Great Skellig,
Washerwoman Rock…
A ce jeu celtique je reviens une nouvelle fois au
contact des premiers (9ème).
La stratégie élaborée au vu de
mon retard sur les 2 premières étapes
m’incitent à prendre des risques pour
combler le retard au classement général.
J’ouvre donc le jeu à 15 milles de Dingle
et « m’échappe » vers la
terre vers une zone de vent…joli gain, et donc
joli coup dans un premier temps avant de tomber également
dans le calme. Les leaders retouchent un vent évanescent
et disparaissent à l’horizon. Seul les
8 premiers s’échapperont, pourtant distant
que de quelques dizaines de mètres…mais
sur la ligne d’arrivée cela se traduira
par une échappée de 3h 20’ d’avance
sur le groupe que nous composons…
Vainqueur de l’étape ; Alain Gautier
!
Etape 4 : Dingle – St. Nazaire
Si le décompte au temps est sévère,
je reste très motivé pour accrocher
les leaders sur cette dernière étape…et
pourquoi pas jouer encore le podium. Les conditions
annoncées sont propices à des bouleversements,
petit temps, calmes, anticyclone…etc.…
Bon départ, dans le match de suite, et surtout
une étape qui va se jouer quasi exclusivement
sous spi, mon allure de prédilection cette
année au vu de ma vitesse avec cette voile.
Une fois passée le phare du Fastnet qui est
une marque de parcours nous nous engageons en Mer
d’Irlande cap vers les Iles Scilly (ou Sorlingues)
au Sud-ouest de l’Angleterre.
Le vent très oscillant nous oblige à
empanner fréquemment pour rester sur la route,
d’autres décident de partir au Nord mais
se retrouvent le lendemain avec peu de vent…le
temps est orageux, sur la route la situation semble
favorable comparée aux flottes Nord et sud.
Mais la venue de grains générant des
vents très erratiques redistribue une nouvelle
fois le jeu au cours de cette journée, et c’est
finalement l’option sud qui l’emporte
au passage du bateau feu de « Seven Stones »
en fin de 2ème nuit. Nous suivons d’assez
près au passage du phare de « Wolf Rock
», qui constitue la marque suivante et j’entame
encore une fois une belle remontée sur le groupe
de tête lors de la traversée de la Manche,
très fréquentée par les cargos,
nous devons assumer une veille attentive et veillons
aussi parfois sur les autres concurrents (qui dorment)
!
Nous atteignons le large d’Ouessant en début
de soirée, le phare de Créach’
(le plus puissant d’Europe) nous accueille de
son faisceau sur l’horizon. La Mer d’Iroise,
tant réputée pour ses tempêtes,
est cette nuit très calme, animée que
par nos sillages. La nuit est superbe et constellée
d’étoiles. Le vent est toujours très
(trop) calme, mais je progresse toujours sans voir
les autres concurrents, et au petit matin, je suis
bord à bord avec les leaders (Le Cleach’,
Gautier, Desjoyaux) que je double lors du lever du
soleil (un signe ?)…Le vent retombe…et
le scénario se répète pour nous
4. Toute la flotte à terre, et en retrait,
touche une très légère brise
dont nous ne bénéficions pas ! Inexorablement
les uns après les autres nous nous faisons
déborder et puis le vent se renforce et nous
commençons enfin à démarrer...trop
tard.
La dernière journée le long de la Bretagne
sud se déroule sous spi, et la fin de journée
se clôture par un très exceptionnel coucher
de soleil, avec un rayon vertical qui restera toute
la durée du crépuscule.
Dans la nuit, je franchis la ligne en 20 ème
position au large de St. Nazaire.
Vainqueur de l’étape : Lionel Péan.
Vainqueur au général : Armel Le Cleach’
13 secondes devant Alain Gautier…
Et pour anecdote :Armel terminait 2ème en 2000,
puis rétrogradait à la 20ème
place en 2001, avant de gagner en 2003 … !
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Bilan
Au classement général c’est une
modeste 19 ème place qui clôture cette
Solitaire (ma 8ème participation).
Le bilan sportif très en retrait de mes (nos)
ambitions au classement général, laisse
apparaître :
- une très légère carence de
vitesse au près,
- une vitesse au portant (sous spi) très bonne,
- une entrée dans le match tardive, puis un
bon rythme,
- de bons classements intermédiaires,
- une réelle volonté de se battre jusqu’au
bout de soi et des autres,
- une distribution du vent et des places très
erratiques (due à une situation météorologique
exceptionnelle) qui a ouvert le jeu à chaque
instant de la course,
Bref, pas d’amertume, ni de frustration, les
moyens et l’énergie mis en œuvre
ne sont pas à remettre en cause, la «
Loi du Sport » apporte parfois ses déconvenues
et aussi ses immenses Joies, il faut savoir louvoyer
entre les deux...
A bientôt, bien sportivement à vous
tous.
Gilles Chiorri
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