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de Gilles Chiorri :


Gilles Chiorri : « J’assemble ma mosaïque »

Homme et marin au parcours éclectique, Gilles Chiorri vise le Vendée Globe 2004.
Consultant météo pour The Race, officier de la Marine Marchande, boat nigger, chef d’entreprise, skipper professionnel, figariste assidu, globe trotter en famille… Gilles Chiorri est un peu transformiste. Il sait revêtir de nombreux costumes selon les circonstances et ses aspirations personnelles… le tout avec charme, compétence et naturel. Amateur d’expériences variées, il est actuellement chef de projet sur la tentative de Jules Verne à bord du maxi catamaran Orange et lorgne pour plus tard vers le Vendée Globe 2004.

Né en 1964 à Nice d’un père italien et d’une mère bretonne, Gilles Chiorri qui découvre le bateau à l’occasion d’un stage estival en Optimist à Beaulieu (« mes parents m’avaient casé là pour l’été »), avoue être un privilégié : « Depuis mon bac, j’ai le choix de faire du bateau ou de travailler sérieusement. Et ça c’est un vrai luxe ». De fait, ce touche-à-tout soucieux du détail n’a eu de cesse d’hésiter entre deux voies : parcourir les mers pour les autres et pour lui, ou bien endosser le costard-cravate voire l’uniforme.
Après l’opti, le 420 et la planche à voile de l’adolescence, c’est tout décidé. Avec son bac D en poche, il fera une carrière maritime. Pour cela, il choisit la voie la plus sage mais pas la moins ardue : la Marine Marchande. A Marseille où il est entré, il passe trois ans à apprendre la mécanique ou la cosmographie, « des études très riches, au format théorique blindé », mais dès son premier stage en mer, il comprend qu’il ne s’épanouira pas dans cette atmosphère particulière qu’est la navigation au commerce.
Il faut dire qu’entre temps, il a embarqué sur Gitana VI, le monocoque de 20 mètres d’Edmond de Rothschild, basé à Beaulieu. Il y passe un premier été, puis presque tous ses loisirs en tant que « boat nigger ». Plus tard, de cette première rencontre, naîtra une collaboration fidèle qui durera 10 ans.

Première Mini, première victoire

Mais pour l’instant, ses études à peine achevées, Gilles Chiorri a une idée en tête : faire comme son copain Eric Savant Ros pour qui il a déjà préparé des bateaux : participer à la Mini Transat. Il réussit miraculeusement à « vendre « le projet au Ministère de la Marine et en 1987, il est incorporé au service militaire pour faire la Mini Transat ! Aidé par Edmond de Rothschild qui lui fournit du matériel (« si j’avais besoin d’une VHF, je pouvais me servir »), et armé d’un plan Berret déjà vainqueur de l’épreuve, Gilles Chiorri s’embarque donc pour sa toute première course en solitaire et sa toute première traversée de l’Atlantique.
Cette année là, il a 23 ans, et il gagne ! « J’ai eu de la chance » conclue t-il modestement. Il avait surtout préparé sa course avec une grande minutie : « j’ai bien cadré ma préparation, je n’avais aucune avarie à l’arrivée en Martinique ».

La saga Gitana

De retour sur le plancher des vaches, Gilles a une dette de 60 000 francs à rembourser. Il s’embarque donc à plein temps au service d’Edmond de Rothschild sur les Gitana et sillonne les mers pendant près de 10 ans. Atlantique, Antilles, Amérique du Sud, Méditerranée, « entre les rendez-vous, quelques régates auxquelles nous devions participer, nous avions une totale liberté. Mais ça n’était pas du délire, tout se faisait dans un respect mutuel et lorsqu’il (le patron) était sur place, il fallait que ce soit zéro défaut ».
La période Gitana va s’achever en 1994, avec le retour temporaire de Gilles vers la compétition. En 1991, Dominique Vittet lui propose son Figaro pour participer au skipper Elf (équivalent de l’actuel Challenge Espoir Crédit Agricole). Gilles échoue de peu mais prend sa revanche trois ans plus tard. Il gagne donc une saison en Figaro et participe en 1994 à sa première Solitaire, une épreuve à laquelle il est resté fidèle depuis 1997 : « c’est une très belle course, complète, sans vernis et qui permet d’aller au bout de soi même. Je veux continuer de la faire tant que je ne m’ennuierai pas… » affirme t- il.

Pédégé et figariste…et bientôt tourdmondiste

Côté boulot, Gilles décide de relever un autre challenge. Attiré par le management et par le monde de l’entreprise, il change donc totalement son fusil d’épaule et décide de se préparer à l’Institut Supérieur des Affaires, l’école de management d’HEC. Deux ans d’école plus deux ans de bons offices en tant que directeur général du chantier Monaco Marine… Gilles Chiorri ne parvient cependant pas à faire une croix sur la compétition à voile. En 1998, il finit par démissionner pour ne plus se consacrer qu’au Figaro. Il termine alors quatrième de la Solitaire, sa meilleure place dans cette épreuve.

Depuis, de l’eau a coulé sous les coques de ses Figaro appelés successivement Servant Soft et Météo Consult. Gilles Chiorri a monté sa propre société de consultant, sa famille, qu’il emmène l’hiver vivre à l’étranger, s’est agrandie. En 2000, Météo Consult est partenaire de The Race. Notre homme est appelé pour faire office de consultant météo. C’est lui qui se chargera de vulgariser les hermétiques prévisions des météorologues auprès des journalistes et du public. Le courant passe bien avec l’organisateur Bruno Peyron. C’est donc naturellement que ce dernier fera appel à lui, un an et demi plus tard, pour s’occuper du maxi catamaran Orange. Véritable chef de projet pour cette tentative de Trophée Jules Vernes qui aura lieu en février 2002, Gilles Chiorri explore dans cette aventure toutes les facettes de ses compétences, et tous les domaines d’activité qu’il affectionne. Il aime les défis sportifs et techniques, les engagements moraux. Mais ce scientifique n’est pas insensible aux symboles : « pour moi, faire un tour du monde a une très très forte symbolique ».
Et il s’y verrai bien dans deux ans, seul aux commandes d’un 60 pieds Open, au départ du Vendée Globe. En 2004, il aura 40 ans et « assemblé sa mosaïque » d’expériences comme il dit. L’heure de se positionner fermement et définitivement en tant que coureur.


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